Les évolutions sociétales autour de la consommation d'énergie en France en 2025-2026
Consommation électrique stable à 451 TWh en 2025, foyers sobres d'abord pour des raisons financières (87 %), 777 000 autoconsommateurs, fin de la prime solaire en juin 2026 : le portrait chiffré des Français face à l'énergie, d'après RTE, le SDES, Enedis et le médiateur.
Trois ans après la crise de l’énergie, où en sont les Français ? Les chiffres publiés entre l’automne 2025 et le printemps 2026 par RTE, le SDES, Enedis et le médiateur national de l’énergie donnent une réponse en deux temps. La consommation ne repart pas, la sobriété s’est installée, mais elle tient plus au portefeuille qu’à la conviction. Et pendant que les foyers s’équipent en panneaux solaires à un rythme jamais vu, l’État réduit ses aides. Cet article, publié en août 2025, a été entièrement mis à jour avec les données 2025 et les règles en vigueur en septembre 2026.
Une consommation qui ne remonte pas
Le bilan électrique 2025 de RTE, publié le 25 février 2026, est net : la consommation d’électricité de la France métropolitaine, corrigée des aléas météorologiques, s’est établie à 451 TWh, soit +0,4 % par rapport à 2024. Elle reste inférieure d’environ 6 % à la moyenne 2014-2019. Après les baisses de 2022 et 2023, il n’y a pas eu de rebond, contrairement à ce qui s’était produit après la crise de 2008 ou après la pandémie. RTE y voit deux forces qui se compensent : une industrie qui consomme moins (les grands sites raccordés au réseau de transport ont reculé de 1,7 % en 2025) et une électrification des usages, véhicules électriques et pompes à chaleur, qui progresse mais plus lentement que prévu.
Toutes énergies confondues, le mouvement est le même. Selon le bilan énergétique provisoire du SDES publié le 22 avril 2026, la consommation finale d’énergie a atteint 1 495 TWh en 2025, en baisse de 0,9 % sur un an et de 9,6 % par rapport à 2021 à climat corrigé. La facture énergétique du pays est tombée à 45,8 milliards d’euros, près de trois fois moins qu’au pic de 2022, et 62,7 % de l’énergie consommée a été produite sur le territoire, le taux le plus élevé depuis 1970.
| Indicateur | Valeur | Période | Source |
|---|---|---|---|
| Consommation électrique (corrigée) | 451 TWh (+0,4 %) | 2025 | RTE |
| Écart à la période 2014-2019 | environ -6 % | 2025 | RTE |
| Consommation finale d’énergie | 1 495 TWh (-0,9 %) | 2025 | SDES |
| Écart à 2021 (climat corrigé) | -9,6 % | 2025 | SDES |
| Consommation du résidentiel | 460 TWh (+1,0 %), 30 % du total | 2024 | SDES |
| Part de l’électricité dans les logements | 34 % du bouquet énergétique | 2024 | SDES |
Le logement pèse 30 % de la consommation finale française. Dans les foyers, l’électricité représente 34 % de l’énergie consommée, le gaz 25 %, le bois et les autres renouvelables 29 %, les produits pétroliers 9 % (SDES, chiffres clés de l’énergie 2025). RTE rappelle que les énergies fossiles couvrent encore 43 % de la consommation de chauffage des logements : c’est là que se joue la suite.
Des ménages sobres, d’abord par contrainte
Le baromètre énergie-info 2025 du médiateur national de l’énergie, réalisé du 10 au 17 septembre 2025 auprès de 2 000 foyers, décrit une sobriété installée mais fragile :
- 87 % des foyers jugent leur consommation d’énergie un sujet « assez ou très important », et 85 % estiment que leurs factures pèsent lourd dans leur budget, le niveau le plus élevé depuis 2007.
- 85 % déclarent avoir changé de comportement depuis la crise, ou faire déjà le maximum.
- Les raisons sont financières pour 87 % de ceux qui ont réduit leur consommation, écologiques pour 34 %.
- Les gestes déclarés reculent : 5,6 en moyenne en 2025, contre 6 en 2024, avec un relâchement sur la température de chauffage et la mise en veille des appareils.
Le revers de cette sobriété est social. 36 % des foyers ont rencontré des difficultés pour payer leurs factures, le niveau le plus haut jamais enregistré par le baromètre. 74 % restreignent leur chauffage pour des raisons financières. La part des foyers ayant souffert du froid au moins 24 heures dans leur logement est passée de 14 % en 2020 à 35 % en 2025, et 49 % ont souffert d’un excès de chaleur pendant l’été 2025. Un quart des foyers a bénéficié du chèque énergie, envoyé tardivement cette année-là, ce qui a créé une difficulté de paiement pour 35 % d’entre eux.
Un autre chiffre en dit long sur la maîtrise réelle de la consommation : 51 % des foyers ont une option heures pleines / heures creuses, mais 14 % d’entre eux ne connaissent pas leurs horaires, et seuls 28 % adaptent leur chauffage à ces plages. La sobriété est acquise sur les gestes simples, moins sur le pilotage.
Un mix électrique décarboné à 95 % et renouvelable à 27 %
La production d’électricité a atteint 547,5 TWh en 2025 (+1,5 %), dont 521,1 TWh bas-carbone, un record. La part décarbonée s’établit à 95,2 % et la part renouvelable à 27,0 % (27,9 % en 2024, l’hydraulique ayant reculé de 12,9 TWh après une année 2024 exceptionnellement pluvieuse). Le nucléaire a produit 373 TWh (+11,3 TWh), retrouvant un niveau proche de 2019. Le solaire a gagné 8,1 TWh (+33 %) et l’éolien 2,8 TWh. Avec 30,4 GW installés fin 2025 (+5,9 GW sur l’année), le parc solaire dépasse désormais en puissance le parc hydraulique.
Deux conséquences concrètes pour un particulier. D’abord, l’électricité française émet 19,6 gCO2eq par kilowattheure, l’une des intensités les plus faibles au monde : électrifier son chauffage ou sa voiture a un effet climatique immédiat. Ensuite, l’abondance solaire en milieu de journée fait apparaître des heures à prix négatifs ; RTE estime à environ 3 TWh la production solaire et éolienne volontairement réduite lors de ces épisodes en 2025, deux fois plus qu’en 2024. C’est l’un des arguments qui a conduit à la réforme du rachat du surplus solaire en juin 2026 (voir plus bas). La France a par ailleurs exporté 92,3 TWh, un record, soit 17 % de sa production.
Toutes énergies confondues, la part des renouvelables dans la consommation finale brute atteignait 23,0 % en 2024 (SDES, chiffres clés des énergies renouvelables 2025), pour un objectif de 33 % en 2030 fixé par la loi énergie-climat de 2019. Le chemin restant est de dix points en six ans.
L’autoconsommation change d’échelle, puis de règles
C’est la mutation la plus visible dans les foyers. Au deuxième trimestre 2025, 777 025 installations photovoltaïques en autoconsommation individuelle étaient raccordées au réseau d’Enedis, pour 4 714 MW, soit 235 041 installations et 44 % de plus qu’un an plus tôt (données Enedis reprises par l’Observatoire de l’industrie électrique). Plus de 19 000 de ces installations étaient équipées d’une batterie à la mi-2025. Sur l’ensemble du parc, six installations sur dix autoconsomment tout ou partie de leur production, mais elles ne pèsent que 15 % de la puissance : le résidentiel est massif en nombre, léger en gigawatts. Le détail est dans le dossier Photovoltaïque en France : les chiffres clés.
L’autoconsommation collective, qui permet à un producteur et des voisins de partager une production locale, suit la même pente : 1 111 opérations actives en juin 2025, 1 625 fin 2025, 1 945 au premier trimestre 2026 selon les données Enedis, pour un peu plus de 22 000 participants. On est loin des quatre millions d’autoconsommateurs collectifs parfois évoqués pour 2030, mais le nombre d’opérations a plus que doublé chaque année depuis 2023.
Puis les règles ont changé. L’arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel du 4 juin, a supprimé la prime à l’investissement pour les installations en autoconsommation avec vente du surplus et fixé le tarif de rachat du surplus à 1,1 c€/kWh hors TVA, indexé de 2 % par an sur un contrat de vingt ans. Quelques mois plus tôt, le 1er octobre 2025, la TVA sur les installations de 9 kWc ou moins était passée à 5,5 %, à condition de respecter des critères environnementaux et d’intégrer un système de gestion de l’énergie.
Un exemple chiffré montre ce que cela implique. Pour une installation de 3 kWc qui produit 3 300 kWh par an (hypothèse moyenne), avec 40 % de la production consommée sur place et un kilowattheure acheté 0,20 € TTC (hypothèse) :
| Poste | Calcul | Gain annuel |
|---|---|---|
| Électricité autoconsommée | 1 320 kWh × 0,20 € | 264 € |
| Surplus vendu | 1 980 kWh × 0,011 € | 22 € |
| Total | 286 € |
Avant juin 2026, le même surplus était racheté plusieurs fois plus cher et une prime venait s’ajouter. Désormais, tout se joue sur la part consommée sur place : décaler le chauffe-eau, le lave-linge ou la recharge d’une voiture sur les heures de soleil vaut plus que n’importe quelle revente. Nous l’expliquons pas à pas dans notre guide Autoconsommation solaire : comprendre simplement comment ça marche.
Des politiques publiques recentrées, un budget contraint
Les incitations n’ont pas disparu, elles se resserrent.
MaPrimeRénov’ dispose en 2026 d’un budget de 3,6 milliards d’euros pour financer au moins 120 000 rénovations d’ampleur et 150 000 rénovations par geste, selon le guide des aides de l’Anah de février 2026. Le guichet, fermé fin 2025 faute de budget voté, a rouvert avec la loi de finances 2026. Le parcours par geste a été réduit aux pompes à chaleur, au raccordement à un réseau de chaleur, à la dépose de cuve à fioul et à l’audit ; la rénovation d’ampleur est réservée aux logements classés E, F ou G et impose un gain de deux classes, un accompagnateur agréé et, depuis le 1er septembre 2026, l’abandon du chauffage au gaz en maison individuelle. Notre guide des aides de l’État pour la rénovation énergétique détaille les montants.
Le chèque énergie vaut de 48 à 277 € en 2026 pour les foyers dont le revenu fiscal de référence est inférieur à 11 000 € par unité de consommation. Il ne peut plus financer de travaux depuis le 15 février 2025 : il sert aux factures.
Les collectivités voient leur principal outil se réduire. Le Fonds vert, créé en 2023 avec 2 milliards d’euros puis monté à près de 2,5 milliards d’autorisations d’engagement en 2024, tombe à 650 millions d’euros dans le projet de loi de finances pour 2026, soit une baisse de 43,5 % en un an d’après le rapport de la commission des finances du Sénat. Or l’éclairage public reste un gisement : l’ADEME, citée dans une question parlementaire de 2022, l’évalue à 41 % de la consommation d’électricité des collectivités locales. La fiche CEE RES-EC-104 continue de financer sa rénovation, alors que les fiches LED des bâtiments ont été supprimées en février 2026, comme nous l’expliquons dans notre article sur l’éclairage LED et la prime CEE.
L’électrification avance à son rythme. La part de marché des voitures neuves tout-électriques est remontée à près de 20 % en 2025 après une année 2024 stable, et la consommation des pompes à chaleur a dépassé 10 TWh en 2023, un peu moins de 3 % de la consommation énergétique des logements (RTE, d’après le SDES). RTE juge ce rythme inférieur à ce qu’exigent les objectifs 2030.
Ce qu’il faut retenir
- La consommation d’énergie des Français ne remonte pas : électricité stable à 451 TWh en 2025, énergie finale en baisse de 0,9 %, toujours 6 à 10 % sous les niveaux d’avant-crise.
- La sobriété est réelle mais subie : 87 % de motivations financières, 36 % de foyers en difficulté de paiement, 35 % qui ont eu froid chez eux.
- L’électricité française est décarbonée à 95,2 % et renouvelable à 27 % ; le solaire a produit un tiers de plus en 2025 et son parc dépasse l’hydraulique.
- L’autoconsommation dépasse 777 000 foyers chez Enedis et l’autoconsommation collective 1 600 opérations, mais depuis le 1er juin 2026 la rentabilité repose sur l’électricité consommée sur place, plus sur la revente.
- Les aides publiques se recentrent : MaPrimeRénov’ à 3,6 milliards d’euros mais sur un périmètre réduit, chèque énergie de 48 à 277 €, Fonds vert divisé par près de quatre depuis 2024.
Questions fréquentes
La consommation d'énergie des Français baisse-t-elle encore en 2025 ?
Oui, légèrement. La consommation finale d'énergie a reculé de 0,9 % en 2025 à 1 495 TWh (SDES, données provisoires) et reste inférieure de 9,6 % à celle de 2021 à climat corrigé. L'électricité, elle, s'est stabilisée à 451 TWh selon RTE, sans reprise depuis la crise de 2022.
Les Français font-ils des économies d'énergie par conviction écologique ?
Surtout par contrainte budgétaire. Dans le baromètre 2025 du médiateur national de l'énergie, 87 % des foyers ayant réduit leur consommation invoquent des raisons financières, contre 34 % des raisons écologiques. 74 % restreignent leur chauffage pour des motifs financiers et 36 % ont eu des difficultés à payer leurs factures.
Quelle part de l'électricité française est renouvelable ?
27,0 % de la production en 2025 selon RTE, et 95,2 % de la production est bas-carbone en comptant le nucléaire. Sur l'ensemble de l'énergie consommée (chaleur, transports compris), la part des renouvelables était de 23,0 % en 2024 d'après le SDES, pour un objectif de 33 % en 2030.
Combien de foyers produisent leur propre électricité solaire ?
777 025 installations photovoltaïques en autoconsommation individuelle étaient raccordées au réseau Enedis au deuxième trimestre 2025, pour 4 714 MW, soit 44 % de plus qu'un an plus tôt. S'y ajoutent 1 625 opérations d'autoconsommation collective fin 2025, 1 945 au premier trimestre 2026.
Qu'est-ce qui change pour l'autoconsommation en 2026 ?
L'arrêté du 1er juin 2026 a supprimé la prime à l'investissement et fixé le rachat du surplus à 1,1 c€/kWh sur vingt ans. L'intérêt d'une installation repose désormais sur l'électricité consommée sur place, pas sur la revente. La TVA à 5,5 % s'applique aux installations de 9 kWc ou moins qui respectent des critères environnementaux depuis le 1er octobre 2025.
Sources et références
- RTE : Bilan électrique 2025, principaux résultats (PDF, 25 février 2026), consulté le 9 septembre 2026
- SDES : Bilan énergétique de la France en 2025, données provisoires (22 avril 2026), consulté le 9 septembre 2026
- SDES : Chiffres clés de l'énergie, édition 2025 : consommation finale par secteur, consulté le 9 septembre 2026
- SDES : Chiffres clés des énergies renouvelables 2025 : objectif 2030 et situation actuelle, consulté le 9 septembre 2026
- Médiateur national de l'énergie : Synthèse du baromètre énergie-info 2025 (enquête du 10 au 17 septembre 2025), consulté le 9 septembre 2026
- Observatoire de l'industrie électrique : Le développement de l'autoconsommation (données Enedis, 13 octobre 2025), consulté le 9 septembre 2026
- Anah : Les aides financières en 2026, édition de février 2026 (PDF), consulté le 9 septembre 2026
- Légifrance : Arrêté du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté tarifaire photovoltaïque (JORF du 4 juin 2026), consulté le 9 septembre 2026